La poupée désarticulée

(Dialogue avec ma spasticité…)

Tu fais partie de moi, et moi de toi. Une sorte de relation incompréhensible, insaisissable…  Toi, mon infirmité motrice cérébrale, j’ai longtemps, cherché, à te rejeter…
Telle, une poupée désarticulée, au facteur émotionnel exacerbé, aux angoisses parfois, surdimensionnées, aux contractures musculaires  incontrôlées…
Toi ce corps, aux mouvements non coordonnés, avec le temps, j’apprends à te dompter !
Un  matin,  je réalise que, je dois faire de toi mon allié,  je compose alors avec mon ennemie de toujours : ma spasticité !
Enfant, tu m’as contrainte à faire de la kiné : étirements, chevalier servant, jeux d’équilibre, contrôle de l’émotivité… J’en passe et des meilleurs…Tu pensais que j’allais capituler.
Eh bien, non…C’est loupé ! Mes  parents et l’amour de ma fratrie m’ont toujours poussé à continuer…Loin du monde institutionnel,  intégrée dans l’école de mon quartier,   je grandis au milieu d’enfants valides. Je perçois ma différence sans réellement la comprendre… Les autres enfants m’acceptent et moi j’apprivoise mon corps si différent…  Petit à petit, toi (ma spasticité), tu  deviens  une copine. Je vais même jusqu’à te donner le surnom de  « Spasti »
Certains jours, tu m’en as fait baver. Cela n’était pas toujours facile… Entre l’école, l’ergo et la kiné les journées étaient bien chargées. Cependant, je reconnais, que tu ne m’as pas volé mes instants d’innocence…Toutes ces récréations à jouer (enfin à  rouler) sur la corde à sauter !

Les années passent,  vient le temps du lycée puis de la faculté…tu  restes  toujours à mes côtés… À doses de Baclofène, je te mène la vie dure. J’en suis consciente,  sans pour autant en être désolée…Aujourd’hui, je suis une femme mariée. Petit arrêt sur mon mariage : Dix  jours, avant, tu te rappelles à moi, « bip-bip », la pompe à Baclofène sonne ! « Putain Spasti, tu fais chier, j’ai autre chose à  penser…Pas le temps, de passer faire ton plein de « baclo »… Renseignements pris, auprès de l’hôpital, la pompe est à changer… Mais cela peut attendre ! Ouf, je suis sauvée! Tu  vas  simplement te manifester  à chaque bip.  J’espère juste qu’un sursaut  ne viendra  pas gâcher, cet instant crucial  du oui ! Le jour J, tu as su te faire discrète,  tu ne m’as pas empêché de m’éclater, de danser… Ta soudaine discrétion s’explique, sans doute, par la présence de Monsieur Le Metayer, parmi nos invités…
Aujourd’hui,  sur le plan physique, je pense, réussir à te contrôler… Je dirais même que tu m’aides dans certains gestes du quotidien. J’apprends à surmonter les difficultés.
Avec toi,  « Spasti », j’ai appris la ténacité…

Sur le plan émotionnel, j’apprends à lâcher prise, mais  cela reste  parfois, compliqué !
Le temps et la maturité me font relativiser.  La vie et nos projets mettent mon émotivité à rude épreuve.  Néanmoins, je préfère prendre cela, comme un challenge a surmonté !
En définitive, je suis une femme, certes, un peu déjantée, mais loin d’être si torturée…
Je vis juste avec mon IMC… Ma spasticité, mon anxiété et mon émotivité sont des traits ma personnalité !
Aurélie Dechambre 26 Février 2017. Réflexion sur mon IMC, dialogue avec ma spasticité.
Tous droits réservés, ©2017

 

poupée

 

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